Allocution prononcée par M. Jean-Claude Boidin Ambassadeur,
Chef de Délégation de la Commission européenne en République de Madagascar
9 mai 2008
Monsieur le Ministre de l'Environnement, des Eaux et Forêts et du Tourisme, représentant son Excellence Monsieur le Président de la République de Madagascar,
Messieurs les Représentants du Président du Sénat,
Messieurs les Représentants de l’Assemblée Nationale,
Monsieur le Doyen de la Haute Cour Constitutionnelle,
Madame et Messieurs les membres du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Chefs de Région,
Monsieur le Maire de la Commune urbaine d'Antananarivo,
Excellence Monsieur le Doyen du corps diplomatique,
Excellences Messieurs les Chefs de Mission diplomatique,
Mesdames et Messieurs les représentants des organisations internationales,
Madame et Messieurs les Chefs de mission consulaires,
Chers collègues de la Délégation de la Commission européenne à Madagascar,
Mesdames, Messieurs,
Voalohany indrindra, dia faly miarahaba anareo tonga soa eto Tsarasaotra, manome voninahitra ny fetin’ ny Eoropa ny tenanay.
Tout d’abord, c’est avec grand plaisir que nous vous souhaitons la bienvenue au parc de Tsarasaotra, pour faire honneur à la journée de l’Europe.
(Miarahaba tompokolahy, finaritra tompokovavy).
Mamela ahy ianareo mba hiteny kely amin’ ny teny malagasy, ary miala tsiny raha tsy tonga lafatra loatra ny fanononana ny teny.
Permettez moi de commencer par quelques mots en malgache, et veuillez me pardonner si la prononciation n’est pas parfaite.
Tiako homarihina fa mahafinaritra ery ny mandre ny teny Malagasy. Manintona anay ny fiteninareo satria mirakitra ny kolotsaina, sy ny tantaran’ ny firenena Malagasy.
Je voudrais remarquer que la langue malgache est très agréable à entendre. Si votre langue nous attire, c’est parce qu’elle (porte en elle) la culture et l’histoire de la nation malgache.
Tombon-tsoa ho anareo ny fananana azy satria izy no mampiray anareo ka ahafahanareo mifanerasera sy mifanakalo hevitra.
Pour vous, elle a l’avantage … (facteur d’unité et de solidarité) et elle vous permet de vous entendre et d’échanger vos idées.
Masoivoho no fiantsonareo ny ambasadaoro amin’ ny fiteny malagasy. Tiako hotsipihina fa tsy maso fotsiny izahay, fa sofina mandre ihany koa ! Ka izany no itiavanay mianatra ny teninareo sy iezahanay hahazo azy.
En malgache, vous désignez les ambassadeurs sous le nom de masoivoho (les yeux dans le dos). Puis-je souligner que les ambassadeurs n’ont pas seulement des yeux, mais aussi des oreilles pour entendre. C’est pourquoi cela nous tente d’étudier votre langue et de nous efforcer de la comprendre.
Nefa na eo aza izany fanirianay te hahay ny fitenenana izany, dia tsapanay fa tsy ampy ny fotoana hianarana azy araka ny tokony ho izy.
Cependant bien que nous désirions maîtriser la langue …. le temps ne nous suffit pas pour l’étudier comme il faut.
Koa mba hahazoanareo tsara ny teniko, dia hotohiziko amin’ ny teny frantsay.
Pour me faire comprendre plus facilement, vous me permettrez donc de poursuivre en français.
Echos de l’Europe
Bienvenue donc à Tsarasaotra pour cette nouvelle Journée de l'Europe qui fête, selon sa devise, "l'unité dans la diversité".
Partageons tout d'abord quelques échos de l’Europe, et de l'Union. L’Europe qui a passé l’an dernier le cap de la cinquantaine, et qui continue de changer de visage sans pour autant prendre de rides.
Ljubljana. Qui parmi nous connaît Ljubljana ? C’est pourtant la capitale de la Slovénie, un état neuf, un peuple riche d'une longue histoire aux confins de l'Autriche-Hongrie et de l'Adriatique, et un de nos nouveaux pays membres ; après le Portugal, c'est en effet la Slovénie qui préside aux destinées de l’UE depuis janvier dernier, en attendant que la France lui succède le 1er juillet prochain.
Après l'échec du projet de traité constitutionnel en 2005, nous avons enfin un nouveau traité. Il a été signé à Lisbonne, le 13 décembre 2007. On l'appelle le traité simplifié, même si sa lecture n'est pas vraiment simple.
Le traité de Lisbonne a déjà été ratifié par les Parlements de 9 Etats Membres, et il sera soumis à référendum en Irlande le 12 juin prochain. Il doit entrer en vigueur l’an prochain. Il marquera un nouveau départ sur le plan institutionnel, en donnant à l'Union européenne un fonctionnement plus moderne et un système de décision plus pratique et plus homogène.
Le grand élargissement de 2004 porte ses fruits. L'Europe des 25 s'est élargie à 27, avec l'entrée de la Bulgarie et la Roumanie en 2007. L'Union s’approfondit. Les nouveaux Etats Membres ne sont pas les moins dynamiques, notamment en termes de croissance économique, ni les plus sceptiques, et le désir d'intégration y est fort. Certains ont déjà rejoint Schengen et la zone euro, en adoptant la monnaie commune. La Slovénie précisément.
Les politiques de l'Union s'approfondissent, notamment dans le champ des relations extérieures. En témoignent la stratégie pour l’Afrique et le partenariat stratégique entre l'UE et l'UA conclu au sommet de Lisbonne en décembre dernier. A un moment où l'aide publique au développement parait se contracter au niveau mondial, l'Union européenne met tout en œuvre pour respecter avec ses Etats Membres les engagements pris à Monterey, et réaffirmés depuis par le G8, d'augmenter l'aide internationale.
L’Europe regarde vers le Sud. Vous aurez noté l’importance nouvelle donnée à la politique de voisinage, à l’approfondissement du processus de Barcelone et le nouveau projet d’Union pour la Méditerranée qui sera lancé sous la présidence française en juillet prochain, et qui engagera les 27.
Sur la scène internationale, l'Union s'engage de plus en plus résolument dans les questions qui affectent l'équilibre global. Elle a le souci croissant de l’énergie et du changement climatique, comme on l'a vu à Bali. La réduction des émissions de gaz à effet de serre, le recours aux énergies renouvelables sont des domaines où l'Union européenne accepte des engagements chiffrés en espérant entraîner à sa suite ses partenaires du G8 et l'ensemble de la communauté internationale, lors du rendez-vous de Copenhague en 2009.
L'Union européenne est aujourd’hui concernée au premier chef par la crise des matières premières agricoles, et les craintes d’une récession mondiale. Avec son potentiel agricole et ses programmes d'aide au développement, elle saura se montrer solidaire des pays en difficulté, et attentive aux besoins des paysans du Sud.
Dans un monde multipolaire, dans un contexte incertain où les responsabilités s’enchevêtrent, aucun des partenaires ne peut prétendre tirer la couverture à soi, et chacun des acteurs, faible ou fort, a son rôle à jouer.
Mais je voudrais constater simplement qu’en prenant du poids et de l'envergure, par ses élargissements successifs et par la densification de ses politiques communes, l’Union européenne est devenue un pôle de stabilité dans les turbulences de l’économie mondiale. Sa monnaie commune, son marché unique, la réglementation de ses marchés financiers et la libre circulation des travailleurs, en font un repère et parfois un refuge. Parce que nous sommes le plus grand marché, les normes sociales ou environnementales que nous adoptons dans l'Union européenne, nos règles sanitaires et nos mesures de protection du consommateur, contribuent à façonner les échanges internationaux bien au-delà des frontières de l'Europe.
Une année bien remplie
L’Europe trouve en Madagascar un partenaire dynamique et ouvert au dialogue. Sans méconnaître l’ampleur des besoins ni l’étendue de la pauvreté dans le pays, nous sommes frappés par les performances élevées de votre économie nationale : croissance, maîtrise de l’inflation, pilotage du taux de change ou afflux d’IDE dans le secteur minier témoignent d’un regain de confiance de la part des grands opérateurs et donnent à Madagascar une image plus forte et plus visible sur la scène internationale.
L'année écoulée a été marquée par une succession d’élections qui ont renouvelé les responsables à chaque échelon de l’exécutif, et le mandat des élus. Chacun est au seuil d'un nouveau mandat. Avec l'entrée en fonction du nouveau gouvernement et l'ouverture de la session parlementaire cette semaine, s'ouvre une période nouvelle qui devrait permettre aux responsables de concentrer leurs efforts sur la mise en œuvre du MAP.
Le début de cette année a aussi été assombri par les cyclones : après Indlala et Jaya l’an passé, ce sont Fame et Ivan qui ont frappé l’île en janvier et février dernier. Les dégâts ont été importants, et les sinistrés nombreux. Chacun a apporté sa pierre. Parmi vos partenaires, l’Union européenne s’est trouvée à nouveau au tout premier rang, à la fois sur le plan de la réponse humanitaire d’urgence et par les fonds mobilisés pour la reconstruction des infrastructures (6.5 M€ l’an passé, 7.8 M€ cette année). Je voudrais saluer ici la qualité du pilotage assuré par le gouvernement à travers le BNGRC ; et surtout rendre hommage à la résilience et à la capacité d’initiative des populations, qui ont reconstruit l’essentiel des habitations et remis les terres en culture sans délai, en comptant d’abord sur leurs propres forces.
Au moment où la saison cyclonique s’achève, les principales infrastructures ont été rétablies, au moins provisoirement, et la saison qui commence sera celle de la reconstruction durable.
Plus important encore pour l’avenir, tous vos partenaires soutiennent la mise en place d’une approche structurée de prévention des catastrophes et de renforcement des instances nationales, au centre desquelles se trouve le BNGRC. Dans ce domaine aussi, l'approche AAH mérite d'être encouragée.
La coopération UE-Madagascar
J'ai souvent eu l'occasion de le dire, notre coopération marche bien. C'est une coopération qui ne manque pas de moyens, ni de visibilité. Qui, depuis quelques années, place l’Union européenne au premier rang des sources d’APD qui accompagnent le développement de Madagascar.
A la demande du gouvernement, notre coopération continue de creuser son sillon sur les travaux routiers et l’aide budgétaire, tout en gardant une composante importante de développement rural et local et un pilier d’appui à la gouvernance.
Une coopération qui, à travers le programme ACORDS, a réussi à créer de véritables capacités au niveau des communes, et de leurs maires. C’est un acquis essentiel à préserver et à amplifier pour réussir le processus de décentralisation qui s’annonce, avec la mise en place du FDL.
Je n'ai pas besoin d’illustrer mon propos avec une longue liste de projets : la presse fait régulièrement état des inaugurations qui se succèdent, comme celle du nouvel Hôtel de Police de Tamatave la semaine passée. Dans les semaines et les mois qui viennent, ce devrait être le tour de la route de Mananjary, du siège de la Cour suprême à Tana, et des 300 km de la route nationale 6 qui relie Port-Bergé à Ambanja.
Notre coopération nous engage dans le long terme : le Ministre Ranjeva et le Commissaire Michel ont signé le nouveau PIN 10ème FED à Lisbonne le 8 décembre dernier, avec une enveloppe considérable de près de 600 M€.
Une coopération qui se cale entièrement sur les priorités du MAP, et qui nous permettra de vous accompagner dans la durée. Avec nos Etats Membres, nous attendons la Table Ronde de juin prochain comme un temps fort de la mobilisation des énergies autour des défis du MAP, et un coup d'accélérateur à la mise en œuvre de la Déclaration de Paris.
Notre coopération en effet s’approfondit, avec la volonté d’aller de plus en plus vers des formes d’appui budgétaire, et de s’aligner sur vos priorités et vos procédures. Il s’agit de donner corps au processus AAH, à la Déclaration de Paris, un domaine dans lequel Madagascar peut aussi prétendre être un « cas d’école ».
Une coopération qui organise une forte complémentarité et une coordination étroite entre les programmes de l'Union européenne –gérés par la Commission- et les aides bilatérales de nos Etats Membres. A partir de l'an prochain, le recours à des formes de coopération déléguée entre nous nous permettra d'aller plus loin encore dans cette voie.
Si notre coopération marche bien, c’est grâce au respect mutuel et au professionnalisme qui existe des deux côtés. C'est pourquoi je veux rendre hommage au travail des collègues de la Délégation, et aussi à l’engagement des services de l’ON et des nombreux autres acteurs concernés sur le terrain.
Sous la conduite de la Présidence, assurée cette année par l'Ambassadeur de France, le dialogue politique va se poursuivre et, je le crois, s'approfondir entre Madagascar et l'Union européenne.
Nous aurons bientôt l’occasion d’échanger en profondeur sur la situation politique et les réformes de structure que le gouvernement a annoncées, en ce qui concerne notamment le système électoral et la décentralisation.
Comme nous y invite l’Accord de Cotonou, nous maintiendrons d’abord l’accent sur les Droits de l’Homme et en particulier sur le domaine de la justice et sur les prisons. Je rappelle ici que le monde pénitentiaire est un des domaines où notre coopération est très active, et qui attire l’attention des responsables de l'Union européenne au plus haut niveau, comme l’ont montré le Commissaire L. Michel et les membres du Parlement Européen lors de leurs dernières visites à Madagascar.
Notre commun souci de promouvoir les Droits de l'Homme n’est pas seulement un sujet de dialogue politique, ni une question d’état de droit : à Madagascar, c’est aussi profondément un défi économique, tant il est vrai, au détour de chaque rue, que c’est d'abord l’extrême pauvreté qui porte atteinte à la dignité de l’homme.
Intégration régionale et APE
L’intégration régionale est un thème cher à l’Union européenne, puisque c’est notre raison d’être.
C’est pourquoi nous sommes très attentifs à vos efforts d’intégration régionale et à la coopération économique renforcée qui se met en place au sein de la COI, de la SADC, de la COMESA, avec le défi de parvenir à créer des espaces de libre-échange ou des unions douanières dans un délai de quelques années, qui correspond à l’horizon du MAP.
L’ambassadeur de l’Afrique du Sud évoquait dernièrement les chevauchements qui résultent des appartenances multiples et qui compliquent les progrès vers l’intégration économique dans la sous-région. A l’instar de l’Union Africaine, chacun souhaite en effet une rationalisation progressive des organisations régionales et une clarification de leurs mandats respectifs.
Mais dans le même temps, la coexistence d’initiatives multiples témoigne du dynamisme de la coopération régionale et de la variété des attentes qu’elle suscite. Dans chaque cercle, l’engagement régional de Madagascar devient plus visible et plus dense, comme l’a montré le récent Sommet de la SADC à Maurice.
L’engagement de Madagascar sur le plan continental est lui aussi plus soutenu, notamment à travers votre participation aux opérations de paix de l’AMIS au Darfour. Chacun perçoit que la perspective d’accueillir le Sommet de l’UA à Antananarivo l’an prochain constituera un temps fort dans la vie nationale, et resserrera le lien avec les initiatives panafricaines.
Sur le chapitre des Accords de Partenariat Economique, Madagascar est l’un des 35 pays ACP qui ont conclu et paraphé un accord intérimaire en décembre dernier. C’est un pas important qui était très attendu par les opérateurs, et c'est un acte de confiance.
Mais en même temps, nous savons qu'il reste du pain sur la planche pour compléter l’accord cette année et lui (re)donner une dimension régionale. Les mois à venir seront décisifs à cet égard, et nous souhaitons que vous trouviez chez vos partenaires ACP de la région toute la cohésion et la solidarité nécessaires pour aboutir.
Pour terminer, je voudrais saluer ceux qui font vivre l’Europe à Madagascar
Les représentants des Etats Membres d’abord, les ambassadeurs de France (qui exerce la présidence locale), d’Allemagne, et les consuls et consuls honoraires de 10 autres pays membres.
A cette occasion, j’invite ceux qui l’ont connu à avoir une pensée pour l’Ambassadeur d’Italie Alessandro Cevese, en résidence à Pretoria, qui est décédé accidentellement le mois dernier. Lors des deux visites qu’il nous a faites depuis son accréditation, il avait montré son dynamisme et son attachement personnel à Madagascar.
Je voudrais saluer les opérateurs économiques, qui par leurs investissements, leurs importations ou leurs exportations, nourrissent le tissu très dense des relations économiques entre l’Union européenne et Madagascar.
Les ONG, les volontaires, les religieux et les acteurs du monde associatif qui sont engagés sur le terrain du développement, souvent au côté des plus pauvres.
Dans les fonctions diverses qui sont les vôtres, vous êtes à Madagascar des ambassadeurs de l’Europe, dans sa diversité. Vous êtes aussi les ambassadeurs de Madagascar lorsque vous rentrez en Europe, pour mieux y faire connaître la grande île, ses richesses et ses talents.
Votre présence ici, votre engagement à Madagascar, montre bien que la notion de citoyenneté européenne est une notion ouverte. Les européens d’ici sont tous des amis de Madagascar. Ils sont aussi un peu des citoyens du monde.
Je vous remercie.