[26 mars 2008] Séance d'ouverture des entretiens text'île de l'Océan indien Hôtel Carlton
Allocution de Monsieur Jean Claude Boidin,
Ambassadeur, Chef de Délégation de la Commission Européenne à Madagascar, à l’occasion de la séance d'ouverture des entretiens text'île de l'Océan indien Hôtel Carlton
Antananarivo, le 26 mars 2008
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président du Cluster Text'île Mada,
Monsieur le Directeur du Centre de Commerce International,
Mesdames et Messieurs,
Merci tout d'abord de m'avoir invité à nouveau à l'ouverture de vos entretiens text'île 2008. Je me souviens avec plaisir des discussions qui se sont tenues lors des deux éditions précédentes, et en particulier de l'échange animé que nous avons eu sur les Accords de Partenariat Economique en mars 2007.
L'intérêt que la Commission européenne porte au développement du secteur textile à Madagascar n'est pas le fait du hasard. Comme vous le savez tous, votre secteur est un pilier du commerce entre Madagascar et l'Union européenne ; c'est un pôle de croissance pour l'économie malgache toute entière ; c'est un moteur de compétitivité ; c'est enfin un foyer de création et d'innovations techniques.
Pour être bref et respecter le format d'une séance d'ouverture, je m'en tiendrai aujourd'hui à quelques mots pour encourager tous les acteurs et les métiers de la filière textile et évoquer brièvement le contexte dans lequel vous devez opérer.
L'environnement international est aujourd'hui totalement ouvert. L'abolition des contingents de l'AMF au début 2006 a mis fin au cloisonnement artificiel du marché et exposé votre pays à une concurrence plus vive. Le fait que le cycle de négociations multilatérales de Doha n'ait toujours pas abouti retarde, pour les pays en développement, les bénéfices d'une plus grande libéralisation tarifaire sur les marchés des pays émergents. La crise financière et boursière qui se répand à partir des défaillances du système bancaire américain ajoute à l'incertitude, puisqu'elle provoque à la fois une baisse des perspectives de croissance dans les pays les plus industrialisés et un retour de l'inflation. Espérons cependant que comme toutes les crises spéculatives bancaires, celle-ci contribue à réévaluer les actifs réels et à ramener les investisseurs vers le monde de l'industrie.
Par contraste avec ce contexte global, l'environnement de vos marchés traditionnels est aujourd'hui sécurisé. Je pense bien sûr d'abord à l'UE et je me félicite de la conclusion fin décembre d'un accord intérimaire de partenariat économique entre Madagascar et l'UE des 27. Grâce à cet accord, qui devra encore être complété et peaufiné dans le courant de l'année 2008, l'accès de tous vos produits textiles sur le marché européen est désormais garanti à droit zéro et sans contingent pour une durée indéterminée. En outre, les règles d'origine applicables aux produits du textile sont devenues plus souples et plus simples qu'elles ne l'étaient dans le régime de Cotonou, ce qui constitue certainement un avantage pour les entreprises de la confection et de l'habillement. En parallèle, je comprends que les facilités dont vous bénéficiez sur certains autres marchés, grâce par exemple à l'AGOA américain, pourront se maintenir pendant plusieurs années, de sorte que vos débouchés préférentiels sont désormais à l'abri des menaces.
L'environnement national dans lequel vos industries évoluent s'éclaircit aussi peu à peu. Avec le MAP, les autorités malgaches ont tracé un chemin de croissance et mis en train une série de réformes structurelles qui entendent faciliter l'investissement et stimuler les exportations. La réforme fiscale qui se met en place cette année va dans le sens de la simplification et d'une plus grande transparence, même si je comprends que la nécessité d'une pression fiscale plus forte puisse inquiéter certains opérateurs. Les premiers fruits du MAP commencent à se manifester à travers l'augmentation du taux de croissance, et l'amélioration progressive des infrastructures.
Mais nous sommes tous également conscients des lourdes difficultés structurelles qui handicapent la compétitivité de vos entreprises et qui ne pourront être traitées que très progressivement : je pense aux délestages, au coût élevé de l'énergie, à la rareté des transports maritimes et aux contraintes logistiques qui défavorisent Madagascar par rapport à des voisins proches comme l'Île Maurice ou l'Afrique du Sud.
En tout dernier lieu, je voudrais évoquer la conjoncture, qui apporte elle aussi son lot d'incertitudes. Les cyclones ne sont pas sans effet sur l'activité industrielle. Les fluctuations monétaires compliquent aussi le jeu de la concurrence : la forte baisse du dollar par rapport à l'euro et la très bonne tenue de l'Ariary depuis un an et demi n'ont pas facilité la tâche des exportateurs malgaches sur les marchés non européens. Dans le même temps, ces variations imprévues auront cependant protégé votre industrie contre la hausse des prix de l'énergie et réduit la charge de vos intrants importés.
C'est donc un environnement très ouvert et souvent incertain que vos industries doivent se développer tout en affrontant une concurrence de plus en plus large. Je me réjouis de constater que l'Europe continue d'être pour vous un marché de première importance et un marché stable et fidèle. Je souhaite en même temps que vos exportations se diversifient vers d'autres partenaires, en particulier dans la région de l'Océan Indien et vers l'Afrique Australe, en tirant avantage de vos efforts d'intégration régionale.
Dans le cadre de sa coopération régionale, et en appui à la mise en œuvre des APE, l'Union européenne est prête à accompagner vos efforts dans ce sens.
Je vous remercie.