[26 novembre 2008] Cérémonie de clôture des dialogues présidentiels, Palais d'Etat de Iavoloha
Allocution prononcée par M. Jean-Claude Boidin Ambassadeur,
Chef de Délégation de la Commission européenne à Madagascar,
à l'occasion de la cérémonie de clôture des dialogues présidentiels Palais d'Etat de Iavoloha,
26 novembre 2008
Excellence Monsieur le Président de la République de Madagascar
Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Au moment où s'achève cette 2ème édition des dialogues présidentiels, je voudrais vous remercier au nom des partenaires techniques et financiers (PTF) de nous y avoir associés. Pour chacun d'entre nous, ces 8 jours de dialogues ont été une expérience riche, utile et motivante qui nous aidera à mieux structurer nos appuis et à respecter nos engagements au cours de l'année qui vient.
Sur la qualité du dialogue :
Nous avons d'abord été frappés par la franchise des échanges : vous-même, Monsieur le Président, aviez appelé les critiques à s'exprimer sans fard, et demandé que les difficultés ne soient pas laissées dans l'ombre. Votre appel a été entendu et chacun a exposé librement sa perception des progrès réalisés et des lacunes à combler.
L'ouverture des débats a également été remarquable, et les contributions nombreuses : nombre d'idées et de suggestions émises par le secteur privé ou la société civile seront utiles à l'administration pour mieux atteindre les objectifs du MAP.
Courtoisie et qualité de l'écoute enfin : le ton très constructif des échanges auxquels nous avons assisté et le souci de rechercher des solutions consensuelles reflètent bien sûr la tradition malgache et le sens du respect mutuel ; mais ils ont aussi été facilités par le talent des modérateurs du SG MAP que je voudrais féliciter.
Sur la participation au dialogue :
Plus encore que l'an passé, nous avons été frappés par la participation très large aux dialogues présidentiels qui ont mobilisé plusieurs milliers de personnes ; participation très intense aussi, notamment de la part des ministres et hauts fonctionnaires qui y ont chacun consacré de longues journées ; participation très équilibrée en terme de genre ; participation très diverse et très ouverte, en direction notamment des opérateurs économiques et de la société civile. Nous apprécions tout particulièrement le rôle très actif que les représentants de la société civile ont joué dans les discussions des ateliers, et le fait qu'ils aient souvent été choisis pour présenter la restitution des travaux de groupe. Cette diversité des participants est le gage d'un véritable enracinement du MAP dans tous les secteurs de l'opinion.
En revanche, à cause peut-être de la nature institutionnelle du dialogue présidentiel, il est plus difficile aux jeunes, ou aux organisations paysannes et rurales de trouver leur place dans ce format de dialogue. C'est sans doute à l'échelon des régions qu'ils pourront s'impliquer plus activement.
Je dois dire un mot également de la participation des PTF à ces dialogues présidentiels : mes collègues et moi-même avons été nombreux à assister aux séances pendant ces 8 jours ; dans le respect du principe d'appropriation, les partenaires ont choisi de rester discrets et de ne pas se mettre au premier rang. Ils ont été très attentifs et à l'écoute des échanges entre les acteurs du développement à Madagascar. En ce sens, les dialogues présidentiels se distinguent du processus de la Table Ronde des Partenaires que vous avez lancé en juin dernier et qui se poursuivra lui aussi à intervalles réguliers. Les premiers acteurs du MAP, ce sont d'abord les forces vives de la société malgache. Les PTF que nous sommes ne peuvent se mobiliser qu'en appui à votre propre stratégie.
Sur les résultats des dialogues :
Le premier résultat que nous retirons de ces dialogues, c'est la confirmation du dynamisme de votre stratégie de développement et la volonté de tous de maintenir les ambitions du MAP à un niveau très élevé, malgré un contexte international moins favorable que l'an dernier. C'est un message que les PTF soutiennent pleinement. Quelles que soient les incertitudes engendrées par les crises alimentaire, énergétique et aujourd'hui financière et économique, rien ne justifie de réduire nos objectifs dans la lutte contre la pauvreté ni de repousser l'horizon auquel nous voulons atteindre les OMD.
Le deuxième résultat que je retiens, c'est le constat partagé entre nous sur les moyens limités dont dispose Madagascar pour mettre en œuvre le MAP en 2009. Maintenant que la Loi de Finances est votée, que les grandes lignes de la fiscalité communale et du Fonds de Développement Local sont connues et que la plupart des partenaires publics ont programmé leurs aides au développement, nous mesurons le gap qui existe entre les objectifs 2009 et les moyens immédiatement disponibles.
De ce constat, il résulte que nous devons ensemble nous engager dans deux directions complémentaires. D'abord continuer nos efforts pour mobiliser d'autres soutiens, par exemple à travers des opérations de partenariat public-privé et des exercices de relations internationales comme les road-shows, tout en continuant d'augmenter la pression fiscale. Deuxièmement, tout faire pour accroître l'efficacité de la dépense publique en obtenant plus de résultats avec chaque ariary investi. Pour nous, PTF, cette exigence s'applique naturellement à l'efficacité de nos aides.
Sur quelques messages entendus :
Monsieur le Président, je voudrais signaler 3 messages forts que nous avons entendus au cours de ces dialogues et dont nous nous efforcerons de tenir compte au cours des mois qui viennent.
Le premier nous est venu des représentants du secteur privé ; c'est un message d'inquiétude, comme un signal d'alarme qui nous indique que les opérateurs se sentent trop souvent entravés dans leurs activités par toute une série d'obstacles administratifs, bureaucratiques et de mesures de politique économique, qui affectent leur compétitivité et les empêchent de se développer. Il est important que ce message se soit exprimé avec franchise. Il est encore plus important qu'il soit entendu. Pour ce qui nous concerne, la question se pose de savoir si une plus grande partie de l'aide au développement ne devrait pas être orientée vers les besoins du secteur privé.
Le deuxième message important est celui de la confiance qui doit s'établir entre les différents niveaux de pouvoirs à Madagascar, dans le contexte nouveau de la décentralisation. Vous-même, Monsieur le Président, avez évoqué dans votre allocution d'ouverture l'insuffisance des progrès dans ce domaine. Pour que la décentralisation réussisse pleinement et produise sur le terrain les résultats que le MAP ambitionne, il ne suffira pas de transférer vers les régions et les communes plus de compétences et de moyens financiers, il faudra aussi renforcer le degré de confiance et de responsabilité accordé à chacun des échelons, et d'abord aux élus : les maires et les conseillers régionaux doivent avoir l'horizon d'entreprendre. Ils seront jugés sur les résultats au terme de leur mandat, et d'abord par leurs électeurs. Dès lors que cette confiance existe, les partenaires sont prêts à jouer le jeu de la décentralisation avec des moyens importants.
Le troisième message est celui de la transversalité : au cours de nos discussions sont apparues beaucoup de préoccupations qui sont communes à plusieurs engagements du MAP ou à plusieurs défis au sein d'un même engagement (cross-cutting issues). Pour avancer sur de telles questions, il est essentiel d'établir des passerelles entre les ministères et les secteurs concernés et des façons de bien travailler ensemble. Ceci nécessite sans doute plus de coordination entre les ministères et les autorités publiques de Madagascar, sous l'égide de la primature et du SG MAP. Ceci appelle également une coordination plus structurée entre nous, les PTF : c'est là le rôle du nouveau STPCI en cours d'établissement.
Sur les suites à donner aux dialogues présidentiels :
A l'issue de ces dialogues présidentiels, nous voyons déjà clairement les tâches qui se profilent devant nous.
La première tâche sera de relayer les résultats des dialogues présidentiels vers nos capitales et nos sièges respectifs pour leur rappeler que le MAP garde toute son actualité et a besoin d'être soutenu dans la durée. Comptez sur nous, nous le ferons en plaidant pour élargir nos appuis.
La deuxième tâche sera de transformer les suggestions et les idées qui ont été émises dans les dialogues présidentiels en décisions ou en engagements concrets. Du côté du gouvernement, il s'agira de publier les décisions, décrets ou circulaires et d'allouer les budgets correspondants ; pour nous, les PTF, il s'agira, si vous nous le demandez, de revoir nos documents de programmation et d'adapter nos conventions de financement.
La troisième tâche concerne la programmation de l'aide au développement à moyen et long termes. Les idées émises lors des dialogues présidentiels doivent nous aider à ajuster nos concepts et nos stratégies de développement pour mieux soutenir vos priorités. Ceci est particulièrement pertinent pour les PTF qui sont sur le point de s'engager dans une nouvelle programmation ou dans une revue de leur stratégie-pays.
La quatrième tâche sera, dès le début de l'an prochain, de renforcer nos mécanismes de coordination entre PTF, sous la conduite du gouvernement : la mise en place d'une véritable division du travail entre tous les partenaires, et d'une coordination sectorielle avec un chef de file dans chaque domaine pourrait être l'objectif de la prochaine conférence de suivi de la Table Ronde.
Conclusion :
Un grand Commissaire européen avait coutume de lever la séance en déclarant "assez parlé : maintenant, au travail !".
Sur le fronton de la mairie de Mananjary, on peut lire la devise "Asa fa tsy kabary".
Rehefa vita ny kabary dia manomboka ny asa.
Je vous remercie.